S’installer au bord de la fenêtre, écouter le bercement régulier des rails, voir la géographie changer doucement sous ses yeux… Loin des files d’attente stressantes des aéroports et des vols à 10 000 mètres d’altitude d’où tout se ressemble, le train réinvente l’art de voyager. C’est le cœur même du Slow Travel : transformer le trajet en un moment fort du voyage, tout en accédant à des panoramas inaccessibles par la route.
Et si le voyage commençait avant l’arrivée ? Voici un exemple d’itinéraire de 12 jours en train à travers les Alpes, l’Italie, la Slovénie et l’Autriche, là où le trajet devient aussi important que la destination.
Nous avons pris l’habitude de considérer les trajets comme du temps perdu. On supporte un aéroport, on subit une autoroute, on compte les heures qui nous séparent de la destination.
Le train fait exactement l’inverse.
Pendant douze jours, nous allons traverser l’Europe sans louer de voiture, sans embarquer dans un avion et sans jamais considérer le trajet comme une parenthèse. Parce qu’ici, le voyage n’est pas seulement ce qu’il y a au bout des rails : il est dans les rails eux-mêmes.
Étape 1 : Paris / Bruxelles ➔ Zurich & Coire (Suisse)
La transition vers l’altitude
Après un départ serein en TGV ou Eurostar, la plaine laisse progressivement place aux reliefs alpins. L’arrivée à Zurich offre une première halte au bord du lac avant de rejoindre Coire, la plus ancienne ville de Suisse et la porte d’entrée des grandes lignes alpines.
- L’expérience à bord : On troque le rythme urbain contre le calme des trains suisses, réputés pour leur ponctualité légendaire et leurs larges fenêtres donnant sur les alpages.
- Le privilège du rail : Le train est probablement le seul moyen de transport où l’on peut regarder un paysage pendant vingt minutes sans avoir l’impression de perdre son temps. Personne ne vous demande d’attacher votre ceinture, personne ne vous ordonne de fermer un hublot. Le voyage retrouve quelque chose de profondément contemplatif.
Étape 2 : Le Bernina Express — Coire à Tirano (Italie)
Le spectacle des sommets et la vue inaccessible
Ce n’est pas un simple déplacement, c’est un chef-d’œuvre d’ingénierie inscrit à l’UNESCO. Le Bernina Express grimpe jusqu’au col de la Bernina à 2 253 mètres d’altitude sans aucune crémaillère. À certains endroits, la pente est si impressionnante que l’on a l’impression que le train grimpe l’équivalent d’une montagne russe géante.
- Ce que la route ne montre pas : Le train franchit le spectaculaire viaduc circulaire de Landwasser et longe de si près le glacier du Morteratsch qu’on a l’impression de pouvoir le toucher. Cette perspective sur la glace éternelle et les gorges escarpées est un privilège : aucune route nationale ne longe directement ce tracé sauvage.
- L’expérience à bord : Ses voitures panoramiques, dotées de baies vitrées bombées qui remontent jusqu’au toit, offrent une immersion totale au cœur des géants de roche.

Étape 3 : Tirano ➔ Venise
Des sommets enneigés au charme des lacs italiens
Changement d’ambiance à bord du train régional qui longe les rives escarpées du lac de Côme.
- Ce que la route ne montre pas : Là où la route s’engourdit dans les embouteillages et les tunnels fermés, la voie ferrée serpente au plus près de l’eau turquoise et des villas historiques.
- L’expérience à bord : Comme dans un film, les villages apparaissent puis disparaissent derrière les falaises, les clochers se reflètent dans l’eau et, pendant plusieurs kilomètres, le paysage semble appartenir uniquement aux passagers du rail. Vous traversez ensuite la plaine du Pô pour atteindre Venise directement sur la lagune, à la gare de Santa Lucia.
Étape 4 : Venise ➔ Ljubljana (Slovénie)
La traversée secrète des frontières
Quitter la Cité des Doges par le rail permet de glisser doucement vers le nord-est de l’Italie. En passant par Trieste, la ligne franchit la frontière slovène en toute discrétion. Le paysage devient soudainement d’un vert profond, presque mystique, au milieu des forêts et des cols karstiques.
Étape 5 : La ligne de Bohinj — Le cœur vert de la Slovénie
Empruntez la ligne historique de Bohinj, l’une des plus pittoresques d’Europe centrale. Elle relie le célèbre lac de Bled à la vallée de la Soča, réputée pour ses eaux émeraude.
- Ce que la route ne montre pas : Le train s’enfonce dans le plus long tunnel ferroviaire de Slovénie (plus de 6 km) pour déboucher directement dans des vallées encaissées qu’aucune grande route ne traverse.
- Le détail charme : Selon les saisons, cette ligne voit passer des trains historiques à vapeur qui renforcent l’impression de voyage hors du temps.
Étape 6 : Ljubljana ➔ Vienne (Autriche)
Pour rejoindre la capitale autrichienne, le train emprunte la mythique ligne du Semmering, la première ligne de montagne à voie normale au monde, construite au milieu du XIXᵉ siècle et classée à l’UNESCO.
- Ce que la route ne montre pas : Le convoi franchit des viaducs en pierre sculptée à deux étages, accrochés à flanc de falaise au-dessus de ravins impressionnants. C’est un spectacle d’ingénierie et de nature où le train semble suspendu dans le vide.
- L’anecdote historique : Lors de son inauguration au XIXᵉ siècle, certains ingénieurs affirmaient qu’un être humain ne pourrait pas supporter la vitesse atteinte dans les virages de montagne. Aujourd’hui encore, le train emprunte exactement le même tracé.

Étape 7 : Vienne ➔ Paris / Bruxelles (Train de nuit Nightjet)
L’art de se réveiller au petit matin
Pour clore ce périple sans jamais fouler le sol d’un aéroport, embarquez à bord du Nightjet des chemins de fer autrichiens (ÖBB).
- L’expérience à bord : Curieusement, le train de nuit transforme le temps en matière élastique. On dîne à Vienne, on lit quelques pages dans sa couchette, puis le monde disparaît derrière les rideaux. Au réveil, un autre pays attend derrière la vitre. Une sensation que les voyageurs du XIXᵉ siècle reconnaîtraient immédiatement.
Ce voyage n’est peut-être pas le plus rapide. Il n’est certainement pas le moins cher.
Mais il offre quelque chose devenu rare : la possibilité de voir la distance. De sentir les frontières disparaître progressivement. De comprendre qu’entre un point de départ et un point d’arrivée existe tout un monde que l’avion nous a appris à ignorer.
Et c’est peut-être cela, finalement, voyager.
Et si vous synchronisiez votre voyage avec une fête locale ?
Traverser l’Europe en train permet aussi de découvrir des traditions que l’on ne trouve nulle part ailleurs : carnavals alpins aux masques de bois, fêtes vénitiennes sur l’eau ou célébrations populaires slovènes héritées de rites anciens.